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Story | 10/21/2021 07:49:54 | 7 min Temps de lecture

Le bois peut-il alléger nos villes ?

À mesure que la taille des villes augmente, leur poids croissant a un impact sur le terrain même où elles se trouvent. Construire des bâtiments en bois, et non plus en béton, pourrait-il alléger nos villes ?

Quand on essaie de perdre du poids, on a tendance à manger plus sainement et à faire plus de sport, mais les solutions de perte de poids sont bien plus complexes lorsqu'il s'agit d'une ville très peuplée. Qu'il s'agisse des résidents, des véhicules, des bâtiments, des infrastructures, mais aussi des consommables, tels que la nourriture, l'eau et le carburant, les villes du monde entier s'alourdissent. Tom Parsons, géophysicien de l'Institut d'études géologiques des États-Unis, a récemment estimé que sa ville natale de San Francisco pesait 1,6 milliard de kilogrammes, soit l'équivalent de 290 millions d'éléphants d'Afrique, sans compter le poids des services publics, des routes ou des ponts.

En 2050, près de 70 % de la population mondiale devrait vivre en zone urbaine. L'augmentation du poids des villes mondiales pose toute une série de défis environnementaux et sociétaux. Opter pour le bois au lieu des matériaux de construction conventionnels pourrait-il faire la différence ?

Quel impact les villes lourdes ont-elles sur l'environnement?

En un mot : subsidence. La subsidence est l'affaissement de la surface du sol en raison de mouvements souterrains, dus à des phénomènes naturels (mouvement de l'eau creusant des grottes sous la surface de la terre, par exemple) et, de plus en plus, aux activités humaines (pompage des eaux souterraines et urbanisation, par exemple). « Quand on construit une grande structure, elle va s'affaisser et ce, de manière non négligeable [20 à 30 millimètres ou plus]. Mais une fois stabilisée, elle ne bougera plus », explique Tom Parsons. « Toutefois, un tassement secondaire continu se produit également lorsque l'on construit sur des sols riches en argile. Il peut continuer indéfiniment, de telle sorte que le bâtiment ne cesse de s'affaisser. »

C'est un problème spécifique aux villes côtières comme San Francisco, qui est non seulement située sur le delta d'une rivière, mais aussi vulnérable aux hausses du niveau de la mer et donc aux inondations. Par exemple, on estime que la Millennium Tower de San Francisco s'est affaissée de plus de 400 millimètres au cours des 10 dernières années, tandis que le gouvernement indonésien envisage même de déplacer la capitale Jakarta, qui a connu un affaissement côtier de plus de deux mètres au cours des 20 dernières années. « La situation est encore pire aux abords d'un lac ou d'une côte », explique Tom Parsons. « Même en altitude, si vous provoquez une subsidence, vous changez la forme du réseau de drainage, ce qui va avoir des conséquences en aval. »

À petite échelle, ces conséquences pourraient endommager les bâtiments et maisons en déplaçant leurs fondations, mais à grande échelle, elles pourraient provoquer des inondations, la contamination de zones humides et de l'érosion. Selon Tom Parsons, les mesures prises pour atténuer ces effets imprévus pourraient aggraver les impacts sur l'environnement. « Par exemple, la construction d'une digue [pour protéger des inondations] ne fera que déplacer les effets d'érosion de l'océan ailleurs », dit-il.

Utiliser le bois comme matériau de construction ralentirait l'affaissement des villes. Photo : Di/Unsplash

L'utilisation du bois pourrait-elle être la solution ?

La subsidence est un processus irréversible, il est donc préférable d'appliquer des mesures préventives. Face à la hausse de la migration côtière et aux estimations selon lesquelles 60 % des bâtiments nécessaires pour accueillir ces nouveaux arrivants doivent être construits, l'accent est mis sur la construction. Le béton est actuellement le matériau de construction de prédilection et sa production représente 8 % des émissions mondiales de CO2. Le bois, en revanche, isole le carbone et est plus léger que les matériaux de construction conventionnels. Sa production et son assemblage exigent moins d'énergie et de temps.

« La construction en bois a un aspect environnemental évident », déclare Antti Koulumies, Vice-président senior d'UPM Timber.

Les alternatives au bois, comme le béton, l'acier et l'aluminium, consomment beaucoup d'énergie et ont une forte empreinte carbone. Tout le contraire du bois, qui stocke le carbone, en particulier lorsqu'il est utilisé pour les bâtiments car il est stocké pendant longtemps. Il représente aussi un avantage en matière de qualité de l'air et de confort.
Antti Koulumies

De plus, les opérations régulières de coupe et de plantation des arbres améliorent le rôle de puits de carbone du bois. « La meilleure façon de gérer le carbone des forêts consiste à ne pas les laisser telles qu'elles sont éternellement car, avec le temps, elles vont commencer à se renouveler, notamment avec le processus naturel de décomposition, les dommages causés par les tempêtes, les parasites, les feux de forêt, etc. Tous les effets positifs vont disparaître », ajoute Antti Koulumies. « Lorsque vous optez pour du bois récolté de manière durable dans les forêts et que vous l'utilisez pour le stockage, vous augmentez la quantité de carbone capturé à long terme. »

Les bâtiments en bois sont également plus faciles à personnaliser et à concevoir, car « il existe différentes catégories de bois, qui peuvent être optimisées pour toute utilisation, comme le bois lamellé croisé, qui est plus résistant et utilisé pour construire des immeubles en bois », explique Antti Koulumies.

Dans le même temps, Tom Parsons se demande si les structures en bois pourraient être une meilleure solution pour les zones fréquemment touchées par des tremblements de terre, car « un bâtiment en bois n'est pas aussi rigide et est donc plus à même de supporter les fortes secousses ». « C'est bien le cas, beaucoup de nos clients japonais utilisent le bois en raison de sa bonne résistance aux tremblements de terre », répond Antti Koulumies.

En tant que matériau de construction, le bois est beaucoup plus léger et souple que le béton, l'acier et l'aluminium. Photo : Josh Olalde/Unsplash

Passage à des villes plus légères

Du bâtiment en bois Mjøstårnet de 85 mètres à Oslo à la tour en bois de 350 mètres proposée à Tokyo, les gratte-ciels des villes pourraient bientôt ressembler à une canopée forestière en termes d'avantages matériels et environnementaux. Toutefois, Antti Koulumies pense qu'il est tout d'abord nécessaire de répondre à des questions relatives aux coûts et à la sensibilisation. « Il y a 5 à 10 ans, on se penchait en majorité sur le coût et la conception des matériaux de construction, et non sur leurs aspects environnementaux », explique-t-il. « Bien que cela soit aujourd'hui plus important, en tant qu'industrie, nous devons encore prouver, par des analyses, les avantages du bois en tant que matériau et corriger certaines informations erronées, comme celle selon laquelle on libère du carbone lorsqu'on coupe un arbre. Le bois est entièrement renouvelable. »

Seul le temps nous dira si les « forêts urbaines » seront une caractéristique de l'avenir. En attendant, même s’il est peu probable que les villes prennent un abonnement à la salle de sport dans un avenir proche, remplacer le béton par le bois pourrait améliorer le chiffre sur la balance.

Texte : Beetle Holloway

Photo principale : Casey Horner/Unsplash